L'Espace, un haut lieu de convoitises
À l’orée de 2026, l’espace n’est plus seulement le domaine de la découverte scientifique et du rêve collectif. Il est devenu un territoire stratégique, économique et politique à part entière, où se cristallisent les grandes tensions et ambitions du XXIᵉ siècle. La multiplication des acteurs, l’accélération technologique et l’absence de cadres de gouvernance pleinement adaptés transforment l’espace en un nouvel espace de concurrence, mais aussi de vulnérabilité.
Le premier défi majeur est celui de la saturation orbitale. Des dizaines de milliers de satellites, principalement en orbite basse, sont désormais déployés pour répondre à des besoins croissants en connectivité, observation de la Terre et services numériques. Cette densification accroît le risque de collisions, de génération de débris et d’un effet domino irréversible, connu sous le nom de syndrome de Kessler. En 2026, la question n’est plus de savoir si l’orbite basse est encombrée, mais comment la préserver comme un bien commun durable.
À cette problématique environnementale s’ajoute celle de la sécurité spatiale. L’espace est désormais pleinement intégré aux doctrines de défense. Capacités antisatellites, brouillage, cyberattaques et démonstrations de force se multiplient, souvent dans une opacité préoccupante. La dépendance croissante des sociétés civiles et militaires aux infrastructures spatiales rend ces dernières particulièrement critiques. Un incident en orbite pourrait aujourd’hui avoir des répercussions immédiates sur les communications, la navigation, l’économie et même la gestion des crises sur Terre.
Le NewSpace et ses questions
Parallèlement, l’espace connaît une mutation économique profonde. Le « NewSpace » n’est plus une promesse, mais une réalité structurante. Start-up, grands groupes technologiques et investisseurs redessinent la chaîne de valeur spatiale, de l’accès à l’orbite à l’exploitation des données. En 2026, les projets liés à la Lune – qu’il s’agisse de stations orbitales, de bases habitées ou de l’exploitation de ressources – ne relèvent plus de la science-fiction. Cette dynamique pose toutefois une question essentielle : à qui appartiennent les ressources spatiales et selon quelles règles peuvent-elles être exploitées ?
Le cadre juridique international, largement hérité des années 1960, montre ses limites face à ces évolutions rapides. Le Traité de l’espace demeure un socle fondamental, mais il peine à répondre aux enjeux contemporains de responsabilité, de partage des bénéfices, de gestion des débris ou de prévention des conflits. En 2026, l’absence de gouvernance renforcée risque de favoriser une logique du fait accompli, au détriment de la coopération internationale.
Enfin, l’espace est devenu un laboratoire technologique où convergent intelligence artificielle, automatisation, robotique et calcul quantique. Ces innovations ouvrent des perspectives considérables, mais elles introduisent aussi de nouvelles dépendances et de nouveaux risques, notamment en matière de contrôle, de souveraineté et d’éthique.
La Prospective, une démarche indispensable pour penser l'espace de demain
Face à cette accumulation de défis, la prospective s’impose. Elle ne consiste pas à prédire l’avenir, mais à explorer des futurs possibles, à identifier les ruptures, les signaux faibles et les trajectoires critiques. En matière spatiale, la prospective permet d’anticiper les effets systémiques des décisions prises aujourd’hui, de tester des scénarios de crise, et d’éclairer les choix politiques, industriels et diplomatiques.
En 2026, penser l’espace sans démarche prospective serait une erreur stratégique. C’est en cultivant une vision de long terme, fondée sur la coopération, la durabilité et la responsabilité, que l’humanité pourra transformer l’espace non pas en un nouveau champ de confrontation, mais en un levier de progrès partagé.
Dr. Saphia Richou
Présidente de Prospective Foresight Network
Millennium Project French Node
Chercheur associé au LIMEEP – Paris Saclay
